Dans le cadre du Mois de la Photo Off, les editions Thames & Hudson s’associent à Nathalie Belayche, de Food For Your Eyes, et proposent un véritable régal visuel, qui se déguste à la faveur d’une promenade dans le très poétique quartier du Canal Saint Martin.
Une manière originale de présenter l’ouvrage Street Photography Now, écrit et documenté à quatre mains par Sophie Howarth et Stephen McLaren, qui réalisent là une sorte d’encyclopédie du cliché dérobé, révélant toute une mouvance esthétique de l’instant, dans un regard autant amoureux qu’implacable sur l’humain et la société. Pour les deux auteurs, qui ont travaillé d’arrache-pied, et déniché des tirages aux quatre coins du monde, ce type de photographie peut être perçu comme ambigu.
« La photographie de rue rassemble un groupe aux pratiques inhabituelles, ouvertes et généreuses. C’est une tradition fertile, qui s’est développée dans une conversation internationale, pendant plus de soixante dix ans, et qui, grâce à Internet, est aujourd’hui plus vivante que jamais. Nous avons été frappés par la gentillesse de tous les photographes rassemblés dans ce livre, par leur bienveillance face au travail des uns et des autres, par le regard critique, mais d’égal à égal, qui existe entre eux. »
Howarth et McLaren, tous deux enseignants et curateurs, ont choisi de se concentrer sur 46 photographes actuels, qui avec modernité les héritages de Robert Doisneau ou Robert Franck. Présenté à Paris dans 15 lieux atypiques, l’exposition montre, entre autres, un cow boy emplumé de Maciej Dakowicz à la boutique Liza Korn (rue Beaurepaire), ou encore une apparition angélique et urbaine de Narelle Autio au Salon de Coiffure (rue de Marseille).
L’événement est aussi l’occasion d’introduire le débat autour de la place de ces photographes dans l’espace public. Dans le livre, on comprend qu’il n’est pas si aisé de tirer le portrait de son prochain. Un bon nombre de ces témoins de la rue ont été découragés, à plusieurs reprises incompris, voire malmenés, avec plus ou moins de violence.
« Les temps sont durs pour les street photographers », confie les deux auteurs. « Des lois renforçant l’idée d’atteinte à la vie privée et la peur du terrorisme ont créé un environnement dans lequel fixer, soulever le couvercle des choses, écouter (voire épier), invite de plus en plus à la suspicion. » Une campagne placardée dans le métro londonien incitait récemment à dénoncer toute personne munie d’un appareil trop curieux. A ce contexte délétère, les photographes ont répondu par une contre-campagne sur Internet, brandissant des slogans tels que « Je ne suis pas un terroriste, ou « la photographie n’est pas un crime. »
Et les deux auteurs de citer Martin Parr, chef de file d’une légion de petits soldats du trottoir : « Vous devez avoir de l’obsession, du dévouement, et des couilles. Allez-y, sortez, pendant que vous le pouvez encore. » Un commandement à prendre à la lettre, dans les rues du Xème arrondissement, jusqu’à la fin du mois.
Street Photography Now
Un livre de Sophie Howarth et Stephen Mc Laren (Ed. Thames & Hudson)
Un parcours dans 15 lieux, représentant 46 artistes
Jusqu’au 28 novembre, Paris Xème